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Nigeria : une policière filmée en train d’extorquer 17 000 naira à un conducteur, la vidéo fait le tour du web

Une policière filmée en train de percevoir un « settlement » par virement mobile OPay. L'indignation est totale au Nigeria.

Une vidéo de deux minutes circule massivement depuis mardi sur les réseaux sociaux nigérians. On y voit une femme policier de la Nigeria Police Force (NPF) extorquer la somme de 17 000 naira (environ 10 dollars US) à un conducteur de minibus danso arrêté sur l’autoroute Lagos-Ibadan. L’agent a reçu l’argent par virement bancaire via OPay avant de repartir tranquillement comme si rien ne s’était passé. La polémique est énorme. Le hashtag #EndSARS2.0 reprend avec force et les Nigérians réclament des sanctions.

Les faits filmés en direct

La vidéo, postée lundi sur X (anciennement Twitter) par le compte @LagosDriverEye qui suit les abus des forces de l’ordre, cumule déjà plus de 500 000 vues. Les images montrent une policière en uniforme, au grade apparent d’inspecteur, qui a interpellé un chauffeur de danfo (minibus local) lors d’un contrôle de routine sur l’autoroute Lagos-Ibadan, l’axe le plus fréquenté du pays.

Dans les images, on entend clairement la négociation. L’agent aurait initialement demandé 20 000 naira de « settlement », terme courant au Nigeria pour désigner les pots-de-vin que certains agents exigent aux points de contrôle. Le conducteur, identifié par la suite sous le nom d’« Uncle Kola », plaide sa pauvreté : « Aunty, na only 17k I get now » (« Ma’am, j’ai seulement 17 000 là maintenant »). L’agent accepte et lui demande de faire un virement mobile. Le paiement par OPay, une application de transfert d’argent très populaire au Nigeria, se fait en direct dans la vidéo. Le reçu est visible sur l’écran du téléphone du conducteur.

Une fois l’argent reçu, la policière remonte calmement dans son véhicule de service et s’éloigne sans délivrer ni contravention ni reçu officiel.

Un phénomène systémique

Ce cas isolé en apparence s’inscrit en réalité dans un problème beaucoup plus vaste. Selon un rapport publié en 2025 par Amnesty International, 78% des conducteurs professionnels au Nigeria disent avoir été victimes d’extorsion par des membres de la police au moins une fois au cours des douze derniers mois. Les points de contrôle routiers sont considérés comme les lieux privilégiés de ces pratiques, particulièrement sur les grands axes reliant Lagos à Ibadan, Abuja ou Port Harcourt.

Depuis le mouvement #EndSARS de 2020 qui avait mené à des manifestations géantes contre les brutalités policières, la NPF a annoncé plusieurs réformes. Plus de 200 agents ont été renvoyés pour inconduite depuis 2024 selon les chiffres officiels. Mais pour la population de terrain, les changements restent invisibles. Les « settlements » continuent de faire partie du quotidien des conducteurs nigérians, perçus comme une taxe inévitable pour circuler librement.

La réaction de la police

Face à l’ampleur prise par la vidéo, la police du Lagos State Command a dû réagir. Mardi, son porte-parole, le Superintendant Benjamin Hundeyin, a tweeté que « la vidéo était à l’étude » et que « si les faits sont avérés, l’agent fera l’objet de mesures disciplinaires ». Il a rappelé la politique de « tolérance zéro » du NPF envers l’extorsion.

Mercredi, le porte-parole national de la police, Olumuyiwa Adejobi, a confirmé qu’une enquête interne avait été ouverte. À ce jour, aucune arrestation n’a été annoncée et l’identité de l’agent impliquée n’a pas été rendue publique.

Le conducteur victime, Uncle Kola, a fait un live Instagram mercredi soir pour donner sa version des faits. Il affirme s’être rendu au quartier général de la Zone 2 de la police à Lagos pour porter plainte, mais dit n’avoir reçu aucune réponse concrète pour l’instant. Sa vidéo live a également été largement partagée.

L’indignation monte

Sur X, TikTok et Facebook, la colère est palpable. Le hashtag #ArrestTheOfficer a rassemblé plus de 100 000 messages en deux jours. Des célébrités nigérianes dont le comédien Mr Macaroni ont appelé l’Inspecteur général de la police à ouvrir une enquête indépendante. Beaucoup font le parallèle avec les événements de fin 2020 qui avaient conduit au mouvement EndSARS, l’une des plus grandes mobilisations populaires de l’histoire récente du Nigeria.

Entretemps, la vidéo continue de circuler. Pour chaque personne choquée, il y en a dix autres qui reconnaissent dans cette scène une expérience vécue. La question que tout le monde pose désormais : cette fois-ci, la police va-t-elle vraiment sanctionner l’un des siens ?

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