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Ceuta : l’Espagne recense 72 morts, le Maroc en annonce 11

Le bilan humain de la crise migratoire à Ceuta s’alourdit. Madrid recense au moins 72 morts, contre 11 décès annoncés par Rabat.

Le bilan humain de la crise migratoire à Ceuta continue de s’alourdir. Les autorités espagnoles recensent désormais au moins 72 personnes mortes après les tentatives massives de franchissement de la frontière depuis le nord du Maroc. Rabat a, de son côté, communiqué un premier bilan officiel de 11 décès sur le versant marocain.

Ces chiffres ne constituent pas encore un décompte commun. Les opérations d’identification et de vérification se poursuivent des deux côtés de la frontière, tandis que des associations évoquent un nombre de victimes potentiellement bien plus élevé.

Un premier bilan marocain après plusieurs jours de silence

Le ministère marocain de l’Intérieur s’est exprimé dimanche 2 août, près de cinq jours après le début de l’afflux. Il a annoncé que 11 personnes étaient mortes sur le territoire marocain. Dix auraient péri par noyade et une autre après une chute dans une zone rocheuse située entre Fnideq et l’enclave espagnole.

Les autorités marocaines assurent travailler avec leurs homologues espagnoles pour vérifier les informations concernant d’autres décès et contribuer à l’identification des corps retrouvés. Des enquêtes judiciaires ont également été ouvertes afin de faire la lumière sur les circonstances de cette mobilisation soudaine.

Cette prise de parole intervient après de nombreuses critiques visant le silence des autorités au plus fort de la crise. Jusqu’alors, l’essentiel des données disponibles provenait des institutions espagnoles et des organisations présentes sur le terrain.

Madrid porte son bilan à au moins 72 morts

Du côté espagnol, le dernier chiffre officiel fait état d’au moins 72 morts. Beaucoup de victimes se seraient noyées en tentant de rejoindre Ceuta par la mer. Les secours poursuivaient encore leurs recherches dimanche, alors que la police et l’armée patrouillaient dans l’enclave.

Le bilan a été révisé à plusieurs reprises au fil des découvertes. Il était précédemment établi à 67 morts. Cette hausse montre que les conséquences de l’afflux ne sont pas encore entièrement connues et que d’autres victimes pourraient être identifiées.

La situation s’est progressivement calmée après plusieurs journées de tension. La quasi-totalité des personnes entrées à Ceuta auraient été renvoyées vers le Maroc. Quelques migrants se trouvaient encore dans l’enclave, dont des mineurs isolés dormant dans des zones industrielles ou près du port.

Pourquoi les bilans du Maroc et de l’Espagne diffèrent

L’écart entre les chiffres marocain et espagnol ne permet pas, à ce stade, de conclure à un bilan définitif. Rabat comptabilise les décès confirmés sur son territoire, tandis que Madrid recense les corps retrouvés du côté espagnol et en mer. Les deux pays disent poursuivre leurs vérifications.

Les autorités n’ont pas encore publié de liste consolidée des victimes. L’identification peut prendre du temps, surtout lorsque les personnes ne portaient pas de documents ou lorsque leurs proches ignorent où elles se trouvent. Les dizaines de disparitions signalées compliquent encore le travail des enquêteurs.

Les associations de défense des droits humains contestent déjà les chiffres officiels. L’Association marocaine des droits humains évoque près de 130 victimes et des dizaines de disparus. Un autre observatoire basé dans la région de Fnideq estime que le nombre de morts pourrait approcher la centaine. Ces estimations n’ont toutefois pas été confirmées par un décompte officiel commun.

Des dizaines de milliers de tentatives en quelques jours

Le Maroc affirme avoir enregistré environ 40 000 tentatives de franchissement irrégulier vers Ceuta, ainsi que 1 135 tentatives vers Melilla, l’autre enclave espagnole située plus à l’est. L’Espagne estime pour sa part que plus de 60 000 personnes ont réussi à atteindre Ceuta avant d’être, pour la plupart, reconduites vers Fnideq.

L’ampleur de ces mouvements est sans précédent récent dans l’enclave. Dès le 31 juillet, l’Espagne avait déclaré l’état d’urgence humanitaire à Ceuta face à l’arrivée de milliers de personnes et à la saturation des capacités d’accueil.

Des migrants ont raconté avoir entendu que la frontière était ouverte ou qu’une arrivée par la mer empêcherait leur renvoi immédiat. Ces informations, relayées rapidement sur les réseaux sociaux, auraient poussé de nombreuses personnes à se diriger vers la frontière.

Rabat met en cause les réseaux de trafic

Le gouvernement marocain attribue cette vague à la diffusion d’informations trompeuses, à une mauvaise interprétation de décisions juridiques espagnoles et à l’action de réseaux de trafic d’êtres humains. Madrid met également en cause des passeurs qui auraient profité des rumeurs pour encourager les départs.

Au-delà des accusations, les associations réclament une enquête indépendante sur les causes de l’afflux, la gestion de la frontière et les conditions dans lesquelles autant de personnes ont perdu la vie. Elles demandent aussi que les familles puissent identifier les victimes et obtenir des informations sur les disparus.

La crise survient alors que la pression migratoire reste forte entre l’Afrique du Nord et l’Europe. En 2024, le Maroc avait annoncé avoir empêché près de 80 000 tentatives de passage vers l’Europe, un chiffre qui soulignait déjà l’intensité des mouvements sur ces routes.

Une crise humaine encore loin d’être soldée

Le calme revenu à Ceuta ne met pas fin aux recherches ni aux interrogations. Le nombre exact de morts reste incertain, des familles attendent des nouvelles et les autorités doivent encore expliquer comment des dizaines de milliers de personnes ont pu converger vers la frontière en si peu de temps.

Pour l’instant, deux bilans coexistent : 11 décès annoncés par le Maroc et au moins 72 recensés par l’Espagne. Le rapprochement des données, l’identification des corps et le sort des personnes portées disparues détermineront l’ampleur réelle de cette tragédie.

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