Le Sénégal a un nouveau Premier ministre. Ahmadou Al Aminou Lô a été nommé à la tête du gouvernement par Bassirou Diomaye Faye, dans un contexte politique tendu marqué par le départ d’Ousmane Sonko de la Primature.
Son nom était déjà connu dans les cercles administratifs et financiers, mais beaucoup de Sénégalais découvrent aujourd’hui le profil de cet économiste discret, longtemps passé par les institutions monétaires avant d’entrer au cœur de l’appareil d’État.
Un technocrate venu de la BCEAO
Ahmadou Al Aminou Lô est un économiste et haut fonctionnaire sénégalais. Il a effectué l’essentiel de sa carrière à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, qu’il intègre en 1987.
Au fil des années, il y occupe plusieurs postes stratégiques, notamment dans la trésorerie, les opérations de marché, les activités bancaires, le financement des économies, l’organisation et les systèmes d’information. Il devient ensuite directeur national de la BCEAO pour le Sénégal, puis conseiller du gouverneur et secrétaire général de l’institution.
Ce parcours lui donne une image de profil technique, habitué aux dossiers monétaires, bancaires et financiers. Il est aussi associé aux sujets de macroéconomie, de régulation bancaire, de marchés financiers et de finance islamique.
Un parcours de formation solide
Le nouveau chef du gouvernement est passé par le Prytanée militaire Charles N’Tchoréré de Saint-Louis. Il y obtient un baccalauréat scientifique avec mention Bien, en tant que major de promotion.
Il poursuit ensuite ses études à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où il décroche une maîtrise en sciences économiques. Il est également titulaire d’un diplôme de techniques bancaires obtenu à Dakar et d’un Executive Master en finance islamique obtenu en Malaisie.
Son profil combine donc une formation économique classique, une culture bancaire régionale et une spécialisation plus récente dans la finance islamique, un secteur que plusieurs pays africains cherchent à mieux intégrer dans leurs outils de financement.
De l’administration à la Primature
Après l’alternance de 2024, Ahmadou Al Aminou Lô entre au gouvernement comme ministre Secrétaire général du Gouvernement. Ce poste, souvent peu visible du grand public, est pourtant central dans la coordination administrative de l’action de l’État.
Il y suit les décisions présidentielles, l’organisation du Conseil des ministres et la mise en œuvre de plusieurs réformes. En avril 2025, il est promu ministre d’État auprès du président de la République, chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.
Cette fonction le place au cœur du programme de transformation porté par le pouvoir en place. Elle renforce aussi son image d’homme de dossiers, plus proche des arbitrages techniques que des grandes déclarations politiques.
Pourquoi sa nomination compte
Sa nomination intervient après une rupture politique majeure au sommet de l’État. Le départ d’Ousmane Sonko de la Primature ouvre une nouvelle séquence pour Bassirou Diomaye Faye, qui doit désormais stabiliser son gouvernement et préserver sa majorité.
En choisissant Ahmadou Al Aminou Lô, le président mise sur un profil technocratique, expérimenté et familier des circuits administratifs. Ce choix peut être lu comme une volonté de remettre de l’ordre dans la conduite gouvernementale, tout en évitant une figure trop clivante.
Dans ses premiers mots, le nouveau Premier ministre a insisté sur l’idée qu’il ne s’agissait pas d’un changement de cap, mais d’un changement de méthode. Une formule qui résume l’enjeu du moment : rassurer, organiser et donner une nouvelle discipline à l’action publique.
Un défi politique immédiat
Le défi d’Ahmadou Al Aminou Lô ne sera pas seulement administratif. Il devra composer avec une scène politique agitée, une opinion attentive et une majorité encore marquée par l’influence d’Ousmane Sonko.
Son expérience financière peut l’aider sur les dossiers économiques, mais son autorité politique sera testée rapidement. Le Sénégal attend des réponses sur le coût de la vie, l’emploi, les réformes institutionnelles et la promesse de transformation portée depuis 2024.
Le nouveau Premier ministre arrive donc avec un profil d’expert. Reste à voir s’il pourra transformer cette compétence technique en force politique dans une période où le pouvoir sénégalais entre dans une phase délicate.



