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Mali : HRW accuse l’Africa Corps d’avoir tué 8 civils, dont 3 enfants

L’ONG décrit une attaque indiscriminée menée le 15 juin à Kyrnia. Elle demande aux autorités maliennes d’ouvrir une enquête impartiale.

Human Rights Watch accuse l’Africa Corps russe d’avoir mené des frappes aériennes qui ont tué huit civils dans le centre du Mali. Parmi les victimes figurent trois enfants âgés de 1 à 10 ans, une femme de 24 ans et quatre hommes. L’attaque a eu lieu le 15 juin 2026 dans le village de Kyrnia, dans la région de Mopti.

L’ONG qualifie les bombardements d’attaque indiscriminée et demande aux autorités maliennes d’ouvrir une enquête impartiale. Ses conclusions reposent sur des témoignages, des images satellites et une vidéo publiée par l’Africa Corps. Reuters précise ne pas avoir pu vérifier l’incident de manière indépendante.

Deux frappes sur une maison et un marché

Selon l’enquête de Human Rights Watch, un avion identifié par deux sources militaires maliennes comme un Soukhoï Su-24 a largué au moins deux munitions sur Kyrnia. La première a frappé près de la résidence du chef du village.

Cette explosion a tué l’épouse du chef, deux de ses enfants et un autre enfant. Une femme a également été blessée. La seconde frappe a touché un petit marché aux bestiaux situé à une vingtaine de mètres. Quatre hommes y ont perdu la vie et deux autres ont été blessés.

L’un des blessés est décédé le lendemain, d’après les témoignages recueillis. HRW dit avoir consulté une liste comportant les noms des huit personnes tuées. Aucun combattant d’un groupe armé islamiste ne figurait parmi elles.

Les frappes ont eu lieu un jour de marché. Kyrnia était alors fréquentée par des commerçants, des éleveurs, des acheteurs et des habitants. Plusieurs témoins ont décrit un avion volant à basse altitude, puis deux explosions qui ont endommagé des bâtiments et des étals.

Des combattants du JNIM présents dans le village

La situation militaire à Kyrnia rend l’affaire particulièrement sensible. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, connu sous le sigle JNIM et lié à Al-Qaïda, contrôle le village depuis environ six ans.

Des habitants interrogés par HRW ont affirmé qu’au moins une centaine de combattants du JNIM se trouvaient à Kyrnia au moment du bombardement. Un haut responsable du groupe aurait aussi été présent. La plupart des hommes armés étaient toutefois rassemblés autour de la mosquée et près d’un magasin voisin du marché.

Ni la mosquée ni le magasin n’ont été directement touchés. Les deux munitions sont tombées près de la maison du chef et sur le marché aux bestiaux. Pour l’ONG, ces éléments montrent que les frappes ne semblaient pas viser un objectif militaire précis.

Le pick-up du chef du village, semblable aux véhicules utilisés par le JNIM, était garé devant son domicile. Trois de ses fils seraient membres du groupe armé, mais ils ne se trouvaient pas dans le village au moment de l’attaque. HRW affirme n’avoir trouvé aucune preuve que la maison servait à stocker des armes ou des munitions.

L’Africa Corps avait revendiqué une opération réussie

Le 23 juin, l’Africa Corps a publié une vidéo présentant l’opération comme une frappe réussie contre un lieu de rassemblement de groupes terroristes dans la région de Mopti. Le groupe russe affirmait avoir tué plusieurs commandants.

Human Rights Watch dit avoir géolocalisé les images diffusées par l’Africa Corps à Kyrnia. L’analyse de la vidéo et des images satellites montre deux cratères d’environ 12 mètres de large dans la partie sud du village. Au moins un bâtiment se serait effondré et plusieurs étals du marché auraient été détruits.

L’ONG a interrogé 19 personnes entre le 24 juin et le 14 juillet. Ce groupe comprenait six témoins, des membres de la société civile, des responsables communautaires, des journalistes locaux et des sources militaires maliennes. Elle a également envoyé ses conclusions au ministère russe de la Défense le 23 juillet, sans obtenir de réponse avant la publication du rapport.

Les autorités maliennes et russes n’avaient pas répondu aux demandes de Reuters au moment de la diffusion de sa dépêche. Les accusations présentées restent donc celles de Human Rights Watch, appuyées par les éléments analysés par l’organisation.

La responsabilité de Bamako également mise en cause

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, les autorités maliennes ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé leur coopération avec Moscou. Le groupe Wagner a d’abord soutenu l’armée malienne. Après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine en 2023, l’Africa Corps, placé sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense, a progressivement repris ses activités.

Les forces russes participent aux opérations contre les groupes armés qui déstabilisent le Mali depuis 2012. Elles fournissent notamment un appui aérien à l’armée malienne. Le ministère russe de la Défense a déjà indiqué utiliser des avions Su-24 contre le JNIM.

Human Rights Watch rappelle que le droit de la guerre oblige les parties à distinguer les civils des combattants et à prendre toutes les précautions possibles pour limiter les pertes humaines. Une attaque qui ne vise pas un objectif militaire précis peut être considérée comme indiscriminée et illégale.

L’ONG estime que Bamako ne peut pas se dégager de toute responsabilité pour les actes de ses alliés. Elle demande au gouvernement malien d’enquêter sur les frappes de Kyrnia, d’identifier les responsables d’éventuelles violations et de rendre publiques les conclusions.

Un nouvel épisode dans une guerre qui frappe les civils

Les civils maliens restent exposés aux violences de plusieurs acteurs. Les forces armées, leurs partenaires russes et les groupes jihadistes ont tous fait l’objet d’accusations d’exactions ou d’attaques contre des populations.

Les combats se sont intensifiés ces derniers mois dans le nord et le centre du pays. Le JNIM et le Front de libération de l’Azawad ont multiplié les offensives, tandis que l’armée malienne et l’Africa Corps ont renforcé les bombardements et les opérations au sol.

L’enquête sur Kyrnia devra maintenant établir la chaîne de commandement, les objectifs choisis et les précautions prises avant les frappes. Elle devra aussi déterminer si les personnes tuées ont été victimes d’une erreur, d’une attaque indiscriminée ou d’une violation plus grave du droit international humanitaire.

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