À Bamako, la Tabaski ne se prépare pas comme les autres années. Dans la capitale malienne, le blocus décrété par le JNIM, affilié à al-Qaïda, pèse directement sur les marchés, les routes et le budget des familles.
La fête, prévue mercredi 27 mai au Mali, arrive dans un climat de fatigue et d’inquiétude. Les moutons sont plus rares, les prix montent vite et plusieurs habitants disent devoir revoir leurs habitudes. Pour beaucoup, le sacrifice du mouton devient un luxe difficile à assumer.
Des moutons moins nombreux et beaucoup plus chers
À Bamako, les marchés ont bien reçu du bétail, mais en quantité réduite. Des acteurs de la filière estiment que l’offre est nettement inférieure à celle des années précédentes. Cette baisse se voit dans les prix.
Les petits moutons, qui pouvaient se négocier autour de 50 000 ou 75 000 francs CFA les autres années, commencent désormais autour de 120 000 francs CFA. Dans plusieurs cas, les familles doivent prévoir entre 150 000 et 300 000 francs CFA, selon la taille de l’animal.
Cette flambée change l’ambiance. Certains chefs de famille renoncent à acheter un mouton. D’autres se rabattent sur des chèvres, des boucs ou de jeunes bœufs partagés entre plusieurs familles. La pression sociale reste forte, mais la réalité économique impose des choix douloureux.
Des routes sous pression
Le blocus n’est pas totalement hermétique. L’armée malienne escorte certains convois et des camions parviennent encore à entrer dans la capitale. Mais les difficultés logistiques et sécuritaires perturbent fortement l’approvisionnement.
Plusieurs dizaines de camions ont été incendiés ces dernières semaines. Des carcasses de véhicules sur certains axes rappellent le danger pour les transporteurs. La route entre Bamako et Ségou est notamment citée comme l’un des trajets les plus risqués pour ceux qui doivent revenir vers la capitale.
Selon les chiffres rapportés par la presse d’État, les autorités avaient prévu de transporter 12 000 moutons vers le district de Bamako. À trois jours de la fête, seuls 2 300 avaient pu être acheminés. De nouveaux camions étaient attendus, mais l’incertitude demeure.
La vie chère gâche la fête
Le problème ne concerne pas seulement les moutons. Les prix d’autres produits ont aussi augmenté, notamment les oignons, les pommes de terre, le lait et le poisson. Certaines hausses vont de 20% à 75%, selon les produits et les circuits d’approvisionnement.
Le poisson de mer dépend des arrivages depuis le Sénégal. Le poisson d’eau douce vient notamment de la région de Mopti. Quand les routes deviennent dangereuses ou ralenties, le coût du transport finit dans les assiettes.
À cela s’ajoutent les coupures d’électricité, qui restent très lourdes dans plusieurs quartiers. Des habitants disent passer de longues heures sans courant, parfois jusqu’à deux ou trois jours dans certaines zones. Pour les familles, les commerçants et les artisans, cette situation rend les préparatifs encore plus pénibles.
Une Tabaski sous tension
Habituellement, Bamako se vide en partie avant la Tabaski, avec de nombreuses familles qui rejoignent les villages. Cette année, beaucoup préfèrent rester dans la capitale par prudence. Sortir peut sembler possible, mais revenir peut devenir risqué selon les axes.
Pour les éleveurs aussi, la période est difficile. Acheminer les animaux vers Bamako signifie prendre le risque de perdre des camions, des bêtes ou de payer plus cher le carburant sur des circuits perturbés. Certains vendeurs ont préféré orienter leurs troupeaux vers le Sénégal, la Mauritanie ou la Côte d’Ivoire.
À Bamako, la Tabaski garde sa force symbolique. Mais cette année, elle se prépare dans une atmosphère lourde. Entre insécurité, vie chère, manque d’électricité et peur des routes, la fête ressemble moins à un moment de joie qu’à une épreuve pour de nombreuses familles.



