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Musique/ 31 ans après sa mort: FRANCO, « Grand Maître » de la Rumba, toujours vivant…

Lorsqu’il s’éteignait à Mont-Godinne en Belgique un 12 octobre 1989, c’est tout un continent déboussolé qui n’en revenait pas. Le Congolais Luambo Makiadi alias Franco quittait physiquement ce monde. Mais son œuvre éternel l’a quasiment immortalisé. Retour sur la vie de l’un des plus grands artistes-musiciens de tous les temps en Afrique et même au monde.

Avec Kabassélé (Grand Kallé), Tabuley Rochereau, Franco fait partie de ses artistes-musiciens de l’ex-Zaïre qui ont porté au firmament la musique congolaise avec rythme endiablé qu’est la RUMBA. Cette Rumba Congolaise qui aujourd’hui encore berce les papilles auditives des férus de bonne musique. C’est le père de la musique moderne congolaise.

Franco, c’est plus qu’un monument. C’est une icône éternelle de la musique africaine dont le souvenir se perpétue de générations en générations tellement l’homme d’une dimension géniale a marqué son époque.

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Musique/ 31 ans après sa mort: FRANCO, « Grand Maître » de la Rumba, toujours vivant…

Né le 6 juillet 1938 à Sona-Bata au Congo belge, Franco de son vrai nom François Luambo Luanzo Makiadi, a été le plus grand artiste de son époque. Son génie musical et son sens des affaires a fait de son orchestre, le TPOK JAZZ, la plus grande « industrie musicale » jamais implantée sur le continent africain.

Ce n’est pas par pure vantardise que l’homme s’était surnommé le « Grand Maître ». Il l’était. Mieux, il le demeurera pour toujours. De ces surnoms, on retient celui par lequel Sam Mangwana, un autre grand artiste de l’époque, aimait le nommer : « Le sorcier de la guitare ».

En effet, derrière l’homme qui de 1956 à 1989 a laissé 150 albums à la postérité se cachait un manieur inimitable des cordes de guitare. Un talent totalement inné pour un jeune qui commence à se frotter à la musique à l’âge de 10 ans, fuyant irrépressiblement les bancs de l’école, au grand dam de sa mère qui l’éduque seule, après la mort très tôt de son père.

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C’est justement en pinçant sa guitare d’un âge médiéval à côté de sa mère dans la rue qu’il sera repéré par un homme qui l’envoie au groupe Birkunda, ensuite au groupe Watama, cornaqué par le Grec Papadimitriou, propriétaire des éditions Loningisa. C’est de la rencontre entre Franco et Papadimitriou que l’incroyable carrière de l’homme prendra forme.

Si l’aventure débutée en 1953 avec Papadimitriou tourne court, Franco se relance, en 1954, chez Omer Kashama, propriétaire d’un des bar-dancings à la mode, l’OK Bar (encore appelé Chez Cassien). C’est avec les initiales de ce nouveau boss qu’il constituera le OK JAZZ qui deviendra ensuite le TPOK JAZZ.

En 1956, le OK JAZZ de Franco est monté. Jusqu’en 1965, il fait feu de tout bois et son style révolutionne progressivement la musique congolaise. Entre temps, il fait passer son orchestre en société commerciale. Une première au Congo. Mais avec tous les risques afférents. En 1965 justement, son matériel est saisi pour des arriérés.

En 1975, avec l’arrivée du chanteur Ndombe Opetun qui rejoint cette équipe où se retrouvent déjà Sam Mangwana et Mpudi Decca donne un nouvel élan. Le OK JAZZ devenu le TPOK JAZZ, entre temps, est élu Meilleur orchestre zaïrois de l’année. Un orchestre que Franco gâte avec chacun un véhicule lorsqu’il sort la chanson « AZDA », qui faisait la publicité de la marque Volkswagen au Zaïre.

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En 1978, ses chansons, « Hélène » et “Jackie” lui valent un mois de prison car un ministre de Mobutu se sentait visé. Deux ans plus tard, il lui est décerné le titre de « Grand Maître de la musique moderne zaïroise ».

Franco viendra en 1980, à Abidjan pour un concert mémorable, avec ses chanteurs de rêve comme Ntesa Dalienst et Josky Kiambukuta. Il était au sommet de son art et aucun chef d’État puissant de l’époque ne pouvait se passer de l’image de ce grand artiste.

En 1983, toujours pour multiplier ses affaires relativement à la musique, il crée le label Choc Choc Choc, enregistre un album, et entame une tournée à travers l’Europe et les Etats-Unis. Elle sera très fructueuse. Derrière l’homme reste un critique acerbe de la société et surtout de la gente féminine zairoise. Mais deux faits vont « réhabiliter » Franco aux yeux du pouvoir Mobutu et des femmes, et lui donner un succès encore plus grand.

Réhabilitation

En 1984, de retour au pays, Mobutu lui demande une chanson pour sa campagne. Franco sort alors « Na Biso Candidat Mobutu », une chanson de 19 minutes où les éloges au léopard du Zaïre n’en finissaient pas…Les deux hommes font aussi la paix des braves.

Dans la foulée, Franco se bâtit son fameux quartier général le « 1,2,3, », un immeuble abritant un club, un bar-restaurant, un hebdomadaire musical (Yé). Derrière, il devient le président de l’UMUZA (Union des Musiciens zaïrois).

 “Mario”, en 1985, est la chanson qui va lui valoir les plus vives félicitations des femmes car dans cette chanson, il raille les gigolos, ses hommes vivant au crochet des femmes. C’est un succès indéniable, le plus grand disent certains Congolais, de sa discographie.

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Alors que la pandémie du VIH n’est qu’à ses débuts effrayants, Franco sort sa mémorable chanson “Attention Na Sida” en1987. Une chanson dense au plan textuel et contextuel car l’homme dénonce, déjà à l’époque, l’attitude des Etats-Unis et de l’Europe qui accusaient l’Afrique d’être le berceau de la maladie.

Une année plus tard, son état de santé se dégrade curieusement. Le colosse qu’il était sur les scènes perd rapidement du poids. Il perd aussi de sa superbe et son état fait jaser. Pour les plus vindicatifs, Franco est malade du Sida, ce qui bien sûr n’a jamais été prouvé.

En 1988, il sort la chanson « Les Rumeurs » pour fustiger les délations de certains de ses proches sur son état de santé. La voix presque étouffée, Franco monte sur scène pour la dernière fois de sa vie, le 22 septembre 1989. Il joue assis sur une chaise.

C’était prémonitoire : le 12 octobre 1989, le « Grand Yorho », « Ladjou Péné », « l’Okanga », « Franco de Mi Amor » quittait le monde des vivants pour continuer à exister dans les cœurs et les esprits. A jamais.

« Je suis le seul musicien africain à avoir exercé mon métier trente ans durant sans me détacher de l’orchestre que j’ai créé, ni du style qui fait le cachet du groupe. J’en suis fier et je remercie le Bon Dieu de m’avoir donné une vie aussi remplie », disait Franco.

Plus d’un million de personnes assisteront à ses obsèques à Kinshasa et il recevra les honneurs de la nation. 31 ans après, son œuvre disponible sur YouTube, parle pour lui. C’est tout simplement « le champion permanent du Zaïre » dans la Rumba Odemba, la vraie, la pure.

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