
Depuis octobre 2025, les habitants de Bamako font la queue devant les stations-service. Le carburant se raréfie, les prix explosent, les coupures d’électricité s’accumulent. Derrière cette crise, des attaques coordonnées sur les convois d’approvisionnement ont lentement étranglé l’économie malienne. Cette semaine, selon plusieurs sources locales, un accord discret a commencé à changer la donne.
Une économie sous pression depuis des mois
Tout a commencé en septembre 2025 quand des groupes armés liés à la mouvance jihadiste ont commencé à s’en prendre systématiquement aux camions-citernes qui alimentent Bamako depuis la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Les attaques se sont multipliées : des dizaines de véhicules brûlés, des chauffeurs tués, des routes coupées. Le 28 octobre, une embuscade a visé plusieurs dizaines de camions en même temps.
Le résultat : des files d’attente interminables aux pompes, des générateurs à l’arrêt dans les hôpitaux, une flambée des prix alimentaires liée au coût du transport. Le pays enclavé, qui dépend presque entièrement de ses voisins pour son carburant, s’est retrouvé en état de siège économique.
Un accord discret pour débloquer les routes
Selon des sources sécuritaires et des élus régionaux, les autorités de Bamako ont pris une décision difficile : libérer plus d’une centaine de personnes détenues dans le cadre du conflit armé, en échange d’un cessez-le-feu sur les convois de carburant. La libération aurait eu lieu autour du 24 mars, avec notamment dix personnes ramenées aux périphéries de zones sensibles.
Bamako ne confirme rien officiellement. Les autorités centrales gardent le silence ou démentent. Mais plusieurs élus locaux et sources sécuritaires attestent la réalité de cet accord, qui tranche avec des mois de refus affiché de toute négociation directe.
La JNIM, le groupe responsable du blocus, avait posé comme condition préalable à tout accord que le gouvernement reconnaisse publiquement son intention de dialoguer. Cela n’a pas eu lieu formellement. Ce qui a eu lieu, en revanche, c’est cette libération silencieuse, suivie d’une accalmie sur les routes d’approvisionnement.
Un soulagement fragile pour les Maliens
Dans les jours qui ont suivi, les files d’attente aux stations-service de Bamako ont commencé à raccourcir. Les convois ont recommencé à circuler. Pour des millions de Maliens qui vivent cette crise au quotidien, l’origine de cet accord importe peu. Ce qui compte, c’est de voir à nouveau du carburant aux pompes.
Mais la situation reste précaire. Le conflit armé qui frappe le Mali depuis plus d’une décennie n’a pas disparu. Les groupes jihadistes contrôlent toujours de larges portions du territoire, taxent les populations, bloquent les routes selon leurs intérêts du moment. Cette trêve, si elle tient, n’est qu’un répit dans une guerre longue et complexe.
La communauté internationale observe. Les organisations humanitaires présentes au Mali, elles, continuent de travailler dans des conditions de plus en plus difficiles : routes dangereuses, financements suspendus, prix des denrées en hausse. Pour elles aussi, un peu de carburant sur les routes change beaucoup de choses.
Quelle suite pour le Mali ?
La question qui reste ouverte : cet accord marque-t-il un tournant dans la façon dont Bamako gère la menace armée, ou n’est-ce qu’un geste tactique pour calmer la pression économique immédiate ? Les analystes restent prudents.
Ce qui est certain, c’est que la crise du carburant a mis en lumière la fragilité de l’économie malienne face aux dynamiques sécuritaires. Et que les populations, prises en étau entre un état en difficulté et des groupes armés puissants, continuent de payer le prix fort d’un conflit sans fin en vue.



