AfriqueEthiopiePolitique

Éthiopie : Abiy Ahmed pourrait devenir président exécutif

Le dialogue national recommande de fusionner les fonctions de président et de Premier ministre. Le Parlement pourrait examiner le projet dès octobre.

L’Éthiopie pourrait bientôt revoir en profondeur son système politique. À l’issue du dialogue national, les participants ont soutenu la création d’une présidence exécutive qui réunirait les pouvoirs actuellement répartis entre le président et le Premier ministre.

La proposition place Abiy Ahmed au centre de toutes les attentions. Au pouvoir depuis 2018, le Premier ministre pourrait devenir le principal candidat à cette nouvelle fonction si la réforme est adoptée.

Une proposition attendue au Parlement

Les discussions se sont achevées le 22 août après plusieurs semaines de travaux. Environ 4 000 délégués ont participé au dialogue national. Le projet pourrait être présenté au Parlement dès la reprise des travaux en octobre.

Dans le système actuel, le président éthiopien exerce surtout une fonction honorifique. L’essentiel du pouvoir exécutif appartient au Premier ministre. La réforme proposée fusionnerait ces deux postes et ferait du président le chef de l’État et du gouvernement.

Le titulaire du nouveau poste serait choisi par le Parlement. Cette disposition donnerait un net avantage à Abiy Ahmed, puisque son Parti de la prospérité dispose d’une très large majorité après les élections de juin.

Les partisans du projet défendent l’unité nationale

Pour les défenseurs de la réforme, une présidence exécutive pourrait mieux représenter l’ensemble des communautés éthiopiennes. Aujourd’hui, le Premier ministre devient d’abord député d’une région avant d’être désigné à la tête du gouvernement.

Le dialogue national recommande aussi de réduire le soutien public accordé aux partis construits sur une base ethnique. L’objectif affiché est d’encourager des formations capables de rassembler des électeurs dans tout le pays.

Cette question est sensible en Éthiopie, où l’organisation fédérale repose largement sur les identités régionales et linguistiques. Les promoteurs du changement estiment qu’un exécutif national plus fort pourrait limiter les divisions.

L’opposition redoute une concentration du pouvoir

Les critiques de la réforme y voient au contraire un risque de centralisation. Selon eux, Abiy Ahmed pourrait cumuler davantage de pouvoirs tout en bénéficiant du contrôle exercé par son parti sur le Parlement.

La représentativité du dialogue national est également contestée. Plusieurs grands partis d’opposition ont boycotté les travaux. Les groupes armés impliqués dans les conflits qui secouent le pays n’y ont pas participé non plus.

Ces absences nourrissent les doutes sur la capacité du processus à régler les crises politiques et sécuritaires. Des affrontements se poursuivent en Oromia et en Amhara, deux des régions les plus peuplées du pays.

Un pays encore marqué par les conflits

La situation reste aussi fragile dans le Tigré, où la guerre menée entre 2020 et 2022 a fait plusieurs centaines de milliers de morts selon différentes estimations. La crainte d’une reprise des violences demeure présente.

Certains participants considèrent malgré tout le dialogue comme une première étape. Ils soulignent que des groupes aux visions opposées ont pu discuter de l’avenir institutionnel du pays pendant plusieurs semaines.

La prochaine bataille se jouera au Parlement. Avant toute modification du système, les autorités devront préciser le contenu de la réforme, son calendrier et les garanties prévues pour éviter une concentration excessive du pouvoir.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page